Depuis le 28 février 2026, la région vit sa plus grave crise militaire depuis l’invasion de l’Irak en 2003. L’offensive conjointe américano-israélienne contre l’Iran a déclenché un enchaînement de représailles qui touche désormais une dizaine de pays. Le point sur une situation qui évolue d’heure en heure.
Quatre jours qui ont tout changé
Le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé une opération militaire d’envergure contre l’Iran. Côté israélien, elle porte le nom d’« opération Lion rugissant » ; côté américain, « opération Fureur épique ». L’offensive a entraîné la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei dès le premier jour des frappes – un événement dont la portée symbolique et politique reste difficile à mesurer pleinement.
Donald Trump a justifié l’intervention par trois objectifs : détruire les capacités balistiques iraniennes, empêcher l’accès à l’arme nucléaire et, à terme, renverser le régime. Le calendrier annoncé ? Quatre semaines. On connaît la prudence que ces estimations méritent.
Depuis, la mécanique d’escalade fonctionne à plein. En réponse, l’Iran a déclenché l’opération « Promesse honnête 4 », une vague de représailles qui frappe bien au-delà de ses frontières.
Une guerre qui ne respecte aucune frontière
Ce qui frappe, c’est la géographie du conflit. On n’est plus dans un face-à-face bilatéral. Des explosions ont été signalées à Dubaï, Abou Dhabi, Doha, Riyad, Manama et jusqu’en Oman, pays qui servait pourtant de médiateur dans les négociations nucléaires quelques semaines plus tôt. Selon le secrétaire d’État à la Défense britannique, Téhéran aurait même tiré des missiles en direction de Chypre, pays membre de l’Union européenne.
L’ambassade américaine à Riyad a été touchée par deux drones dans la nuit de lundi à mardi, un acte qui en dit long sur le niveau de tension. Les monarchies du Golfe – Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Jordanie – ont dénoncé devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU des violations « extrêmement graves » du droit international par l’Iran.
Au Liban, la situation s’aggrave en parallèle. Les bombardements israéliens sur les bastions du Hezbollah ont fait au moins 52 morts et 154 blessés, avec 28 500 personnes déplacées. Le gouvernement libanais a fini par interdire les activités militaires du Hezbollah – une décision impensable il y a encore quelques mois.
Ormuz fermé : le choc économique arrive
Au-delà des bilans humains, un fait change la donne pour le reste du monde. Le détroit d’Ormuz, par où transitent environ 20 % du pétrole mondial, est de facto fermé depuis les frappes iraniennes. L’Iran a bloqué quelque 150 navires de fret et pétroliers.
Les conséquences se font sentir immédiatement. Le Brent a bondi de 8 % pour frôler les 85 dollars, le CAC 40 a perdu 3 %, Francfort plus de 3,7 %, et les Bourses espagnoles et italiennes ont reculé de plus de 4 %. Le transport aérien est lui aussi touché de plein fouet : plus de 1 500 vols à destination du Moyen-Orient ont été annulés dimanche, soit 40 % du trafic prévu. Des milliers de voyageurs sont bloqués entre le Golfe, l’Asie et l’Océanie.
Emmanuel Macron, dans son allocution du 3 mars, a annoncé une initiative française pour bâtir une coalition visant à sécuriser les voies maritimes, et a ordonné au porte-avions Charles de Gaulle de faire route vers la Méditerranée.
Gaza prise en étau
On l’oublie presque tant l’actualité va vite, mais la crise à Gaza n’a pas disparu. Elle s’est même aggravée. Israël avait fermé les points de passage vers Gaza dès le début de l’offensive contre l’Iran, samedi, avant d’annoncer mardi la réouverture du poste de Kerem Shalom pour « une entrée progressive de l’aide humanitaire ».
L’ONU alerte : plus de 18 000 patients, dont 4 000 enfants, restent privés d’évacuations médicales. Les autorités israéliennes ont par ailleurs imposé le départ de 37 ONG internationales d’ici au 1er mars 2026, une mesure que MSF et Human Rights Watch qualifient de catastrophique pour une population déjà au bord de la famine.
Bref, la guerre régionale absorbe toute l’attention diplomatique au moment précis où Gaza en aurait le plus besoin.
L’Iran entre deuil et représailles
Côté iranien, la mort de Khamenei a produit un double effet. Des manifestations de deuil massives ont eu lieu à Ispahan, Téhéran et dans le nord du pays. Sept jours fériés ont été décrétés, ouvrant une séquence qui conduira au Norouz, le nouvel an iranien, le 21 mars. Internet est à nouveau presque entièrement coupé, ce qui complique l’accès à l’information.
Mais le deuil n’a pas freiné la riposte militaire. Le ministre iranien des Affaires étrangères a reconnu que les unités armées agissaient désormais « de manière relativement autonome, selon des orientations générales » – un aveu qui pose la question du contrôle réel qu’exerce le pouvoir politique sur la chaîne de commandement.
Le CENTCOM affirme avoir détruit le quartier général des Gardiens de la révolution, mais les Gardiens eux-mêmes promettent des « attaques punitives en continu ». Qui croire ? Le brouillard de guerre, à ce stade, reste épais.
Et maintenant ?
La question que tout le monde se pose est simple : jusqu’où ? Donald Trump parle de quatre semaines. Netanyahu assure que ça ne sera pas « une guerre sans fin ». L’Iran promet l’inverse. La France appelle à la retenue tout en envoyant son porte-avions. La Chine et la Russie condamnent, sans agir.
Ce qu’on sait avec certitude : c’est le plus important déploiement militaire américain dans la région depuis 2003. Les précédents de ce genre n’ont jamais été brefs.
La seule inconnue n’est pas de savoir si cette guerre aura des conséquences durables. C’est de mesurer l’ampleur de celles qu’on ne voit pas encore.